La Ferme des Bleuets et vous !

Ceux d’entre vous qui ont passé leur enfance à la campagne près d’une ferme, même si ce n’est que durant le temps des vacances, se rappellent sûrement de la vie qui y grouillait, notamment pendant la période d’été. Que ce soit à l’occasion des foins ou de la moisson, les personnes en âge de travailler donnaient un coup de main aux paysans. Pendant ce temps, les enfants faisaient leur vie dans les chemins, au beau milieu des herbes folles. Dans les bosquets les ados montaient des cabanes, et sur les tas de paille où les poules et les chats avaient leurs nids secrets, les petits hommes ne se lassaient pas de faire des cabrioles. Ces moments de bonheur privilégiés sont plus difficiles à vivre aujourd’hui, car il faut bien reconnaître que la campagne se vidant de sa population, et les fermes et les chemins étant de plus en plus entretenues au cordeau, le lien qui existait entre elles et les personnes qu’elles avaient la tâche de nourrir s’est peu à peu disloqué.

Dans mes idéaux de paysan bio, mes souvenirs d’enfance ont beaucoup compté : pendant les « grandes vacances », avec mes cousins et voisins, nous prenions nos vélos pour aller jouer aux petites voitures dans les chemins, faisions des cabanes dans le petit bois, et, lorsque nous croisions les remorques qui ramenaient les gerbes ou le grain, nous échangions des regards complices avec les adultes. Avec eux, nous nous partagions la nature comme une grande maison et ne faisions qu’un. Ma vocation a pris aussi sa source auprès du parfum de la luzerne passée sous la faux de mon grand-père paternel. Aussi, en accompagnant ma grand-mère maternelle, partie avec sa carriole à deux roues, cueillir pour ses lapins les plus grands délices qu’elle pouvait trouver parmi toutes les « bonnes herbes » qui poussaient ça et là dans les chemins, je contemplais un spectacle magnifique à chaque fois que sur notre passage, se mettaient à voler des papillons de toutes les couleurs… !

Tout à l’heure, en regardant le soleil se tourner vers l’ouest, ma pensée est allée à Notre-dame des Landes, dont la campagne est encore riche de ce qui a disparu dans beaucoup d’environnements : une multitudes d’espèces animales et végétales rares qui continuent à exister grâce à des agriculteurs respectueux et amoureux de leur site…

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Partis les belles herbes et les papillons sur les chemins ! Détruit le merveilleux tissus humain qui s’égayait et s’affairait il y a déjà longtemps dans la campagne ! De plus en plus rare, la connaissance par le consommateur  du lieu de production de ce qu’il mange !

Mais à ceux qui se lamentent du paysage triste de la Beauce, moi qui ai encore vivante en l’esprit sa belle image d’autrefois, je réponds souvent que celui-ci change à nouveau, et positivement cette fois-ci, et qu’on sera émerveillés de son évolution dans 20 ou 40 ans. Bien sûr, les surfaces des fermes s’agrandissent fort en ce moment, conséquence d’un manque de volonté politique entraînant les difficultés économiques des plus faibles et du manque de candidats au métier de paysan.

En positif, Les plantations de haies ne sont plus marginales et la création d’espaces paysagers non directement productifs sont encouragés; si voilà 30 ans, les fermes biologiques étaient distantes de 40 à 50 km, elles se rapprochent maintenant les une des autres… et quelle belle promesse de rapprochement de l’agriculture et de la ville, incarne ce mouvement des Amaps et des paniers en proposant à la population des produits frais sortant du champ ou du département voisin !

Malgré tout, il ne suffit pas à ces nouveaux pionniers de croire en la pertinence de leurs choix et de vouloir les mettre en pratique. La solitude les guette par rapport à leur voisins agriculteurs non bios et les conseils sur des questions techniques de production sont quelquefois difficiles à trouver. Aussi, pour ceux qui n’ont pas choisi un mode de commercialisation direct avec le consommateur, il faut faire face à l’éloignement par rapport au destinataire final. J’ai bien sûr rencontré ces situations…

Et maintenant, face à mes difficultés économiques dont j’assume la responsabilité,  je pense  à ma succession, aux arbres plantés depuis la reconversion bio avec ma famille et les copains, aux combats déjà menés pour sauver la ferme, aux personnes mangeant les œufs de notre élevage et à la santé desquels nous contribuons, à ma conception paysanne de l’agriculture et à mon désir que cette ferme ressemble de plus en plus à un organisme agricole autonome…

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La suite, nous la construisons ensemble ! Mon appel auprès des proches copains et de ma famille s’est transformé en une chaîne de solidarité qui laisse entrevoir une vraie solution pour la Ferme des Bleuets. Les dons ont commencé à nous parvenir, les prêts aussi, les mots d’amitié et d’encouragement… Et nous sommes particulièrement touchés de voir la place de nos œufs dans votre alimentation. Ceci confirme la pertinence de notre recherche de qualité.

Et comment ne pas être émerveillés par les petits gestes de chacun, du plus petit don au plus simple encouragement, chacun donnant selon sa possibilité. Depuis quelques semaines des copains viennent entretenir les haies, nous aidant dans un gros travail et nous permettant d’apporter tout notre dynamisme dans nos tâches quotidiennes.

L’échange qui s’instaure entre nous d’une part, travaillant dans notre élevage pour produire les œufs, et vous d’autre part, les « consom’acteurs », avec votre qualité de client et votre intérêt pour notre réussite, se fait autour des valeurs communes de la recherche d’une alimentation qui nourrisse corps et âme et de relations humaines plus solidaires.

Ainsi, nous ferons exister l’agriculture biologique, écologique et biodynamique. Car la simple loi du marché, de l’offre et de la demande ne peuvent suffire à faire évoluer l’agriculture dans le bon sens.

J’ai écrit ce texte ce soir pour vous remercier, chacun personnellement, pour l’aide, aussi diverse soit-elle, qui permet à la Ferme des Bleuets de continuer à exister ! Comme le montre le graphique dans la rubrique « suivre le projet », nous n’avons pas encore réuni assez de fonds pour gagner durablement notre pari. Mais nous gardons l’espoir :  à chaque jour suffit sa joie !

Votre solidarité nous est vitale !

Jean-Marie, le 22 février 2014

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